Le livre des morts égyptien

Le livre des morts

 

 

Livre

Ci-dessus : "Les travaux dans les champs de l'Au-delà". "Livres des morts du prêtre Hornedjitef", musée du Louvre. (G. Dagli Orti)

 

Vous connaissez sans doute de nom ce célèbre livre sacré de l'ancienne égypte. Il nous évoque la mort et nous comprenons déjà que sa lecture aidera le défunt dans ses épreuves périlleuses avant de rejoindre le royaume de l'au-delà, celui d'Osiris.

Le livre les morts ou Les rites du salut. Hymnes, formules magiques et rites pour obtenir la béatitude après la mort sont assemblés dans le Livre des morts.

Ce titre lui fut donné par Lepsius en 1842 lors de la première édition de son oeuvre. En réalité, la traduction exacte serait "Sortir au jour" ou "Livre pour sortir au jour".

Le livre des morts est un guide pratique qui permettait de surmonter les pièges avant de se présenter devant Osiris et les portes de son royaume qui est situé à l'Occident.  Il apparaît durant le Nouvel Empire et disparaît seulement à la fin de l'époque romaine, plus de 1700 ans plus tard. Il pouvait prendre place sur de très longs papyrus (le plus grand mesurant plus de 20 mètres!), les parois des tombes, des rouleaux de cuir, les bandelettes de momies même, et les cercueils. Le livre des morts hérite de deux autres grands textes bien plus anciens : les Textes des pyramides et les Textes des sarcophages.

Une des principales caractéristiques de ce livre est qu'il est la plupart du temps composé de textes mais aussi de "dessins", des vignettes richement décorées racontant les "aventures" de la vie après la mort du défunt. Chaque livre des morts est propre à un défunt.

Les scribes personnalisent le texte en rajoutant les noms, les fonctions du mort, ou faudrait plutôt dire du "futur mort" car, les textes étaient écrits et illustrés du vivant de la personne.

C'est un livre personnalisé. Dans les traditions de l'égypte antique, les "futurs morts" commandaient dans des ateliers spécialisés créant des livres à la chaîne auxquels il suffisait de rajouter le nom et les fonctions du demandeur. La longueur du livre devait dépendre en partie de la richesse du futur défunt car la réalisation devait coûter cher. Les égyptologues découpent ce livre en 4 grandes sections : la marche vers la nécropole (donc vers la tombe), la régénération du défunt, la sortie au jour et le monde souterrain.

On recense pas moins de 192 chapitres ; cependant la composition de chaque livre des morts varie, aucun ne comporte l'ensemble de ces chapitres.

 

Détail du chapitre 146 du Livre des morts, où l'on voit le défunt devant les sept portes et les dix (selon certains dix neuf) portails de la Maison d'Osiris. Chacune des portes était gardée par trois créatures et nul ne pouvait la franchir s'il n'avait, au préalable, récité tous leurs noms. Chacun des dix portails, ou pylônes, était également gardé par un dieu auquel il fallait s'adresser par son nom et devant lequel on devait faire état des actes de purification accomplis. Alors seulement, le mort pouvait gagner le royaume de la bénédiction éternelle. Papyrus d'Ani, XIXe dynastie. 1250 av J.C. British Museum, Londres.

La longueur du Livre des morts devait donc dépendre en grande partie de la richesse du futur défunt. Cependant, certains, comme le fameux papyrus d'Ani du British Museum, sont des commandes spéciales. Toujours au musée londonien, un livre des morts exceptionnel, celui de Anhaï. Chanteuse d'Amon à Thèbes, elle fut aussi chef des concubines d'Osiris. Bien que sa tombe ne soit connue, son livre des morts l'est. Un exemple rare de livre funéraire dédié à une femme.

 

 

 

L'architecte Kha et son épouse en acte d'adoration devant le dieu Osiris, dans une scène peinte sur le papyrus du Livre des Morts. Provient de Deir el-Médineh, vers 1420 av J.C., Turin, Museo Egizio.

Le défunt se retrouve devant Osiris qui est sous un grand dais, assis sur son trône. C'est la scène de l'offrande à Osiris.

Le dieu est coiffé de l'atef formé de deux plumes d'autruche et il porte à la main le fouet et le sceptre qui symbolisent la puissance suprême.

 

  

 

 Livre

Une scène centrale du Livre : La pesée de l'âme. Si le défunt échoue, il sera mangé par la dévoreuse, également appelée monstre-déesse Ammit, créature à tête de crocodile, à corps et pattes avant de lion et à l'arrière-train et pattes arrière d'hippopotame. S'il passe l'épreuve, il continuera son chemin vers Osiris. Musée du Louvre.

 

 

 

 

Papyrus avec le Livre des Morts du scribe Nebqed ; en haut, la vignette se poursuit avec la scène des funérailles, vers 1300 av J.C., Paris, musée du Louvre.

 

  

 

Procession funéraire. La momie du défunt est déposée dans un cercueil posé sur un traîneau. Derrière, le coffre à canope protégé par le dieu Anubis. Musée du Louvre.

 

 

Les grandes étapes : Bien qu'aucun papyrus ne soit exactement identique, le chemin de "sortir au jour" est toujours à peu près le même, bien que l'ordre des chapitres change.

1) Le défunt débute en général par des offrandes plus ou moins importantes. Le défunt se présente très souvent en couple.

2) Une des épreuves les plus importantes et redoutées : la pesée de l'âme. Le défunt passe devant le tribunal divin qui va peser le coeur, siège du savoir, de l'âme. Si le coeur est aussi léger que la plume de Maât et que la balance se trouve à l'équilibre, le défunt est dit justifié. Il peut alors prétendre à entrer au royaume d'Osiris. De son vivant, le défunt a donc été juste et respectueux de l'ordre, de la vérité de Maât. Tout se déroule sous la surveillance des dieux Anubis et Thot. Mais pas loin de la balance, se tient une bête monstrueuse, amalgame d'un crocodile, d'un hippopotame, d'une panthère. C'est la dévoreuse des morts. Si le coeur avait été plus lourd que la plume, la dévoreuse aurait fait un festin du défunt.

3) Le tribunal étant franchi avec succès, un dieu présente le défunt devant Osiris assis sur son trône. Ce dieu peut changer d'un papyrus à un autre (Anubis ou Horus le plus souvent). Puis le défunt s'avance et s'agenouille devant Osiris en signe d'adoration. Notre défunt devient alors lui aussi un Osiris, Osiris sera son nom.

4) La place des funérailles dans le Livre des morts varie. Ainsi, dans le célèbre papyrus d'Ani, le plus bel exemplaire jamais trouvé, elles se déroulent après le tribunal divin. Car seul celui qui était reconnu comme juste avait droit à ces cérémonies... Les funérailles sont plus ou moins développées. Elles se composent d'un long défilé, le catafalque contenant les cercueils. Celui-ci est tiré par des boeufs ou des hommes. Le cortège suit. On retrouve tout d'abord la famille, les proches, les amis. Puis le mobilier funéraire destiné à la tombe. Puis nous nous rapprochons de la tombe elle-même. Au nouvel Empire, on retrouve un bâtiment surmonté d'une pyramide. Le cortège s'arrête devant. Les pleureuses sont là et font leur office, en criant, en pleurant.

5) Nous arrivons à une des étapes les plus importantes des funérailles. La momie est sortie de son cercueil. Elle se tient debout devant l'entrée de la tombe. Un prêtre va alors procéder à ce que l'on appelle l'ouverture de la bouche. Par l'intermédiaire d'une herminette, il touche les yeux et la bouche. Magiquement l'ouverture de la bouche est un acte de renaissance. Pendant ce temps, d'autres prêtres lisent des formules, des prières.

 

 

 Détail d'un papyrus avec le Livre des Morts de Maiherpéri, "porte-étendard à la droite du roi", qui eut le privilège d'avoir sa tombe dans la nécropole royale de Thèbes, la Vallée des Rois. Sa peau noire est peut-être un indice de son origine nubienne. Il devait appartenir à la famille royale, peut-être en tant que fils d'une concubine, durant la première moitié de la XVIIIe dynastie, vers 1450 av J.C., Le Caire, Musée égyptien.

 

 

 Ba

 Le ba, prenant la forme d'un oiseau à tête humaine (celle du défunt), est très présent dans le Livre des morts. Le ba est l'esprit du mort. Et des formules doivent permettre au ba de ne pas être retenu dans le monde d'en bas (celui des morts).

Les éléments pour renaître chaque matin et sortir au soleil :

Comme nous l'avons vu et reverrons plus bas, le défunt doit surmonter de nombreuses épreuves et cela débute dès la longue route pour rejoindre la tombe. Il doit connaître les noms des gardiens des portes. Et les passer une par une. S'il échoue, il ne pourra revivre. Et après avoir rejoint Osiris, le mort rejoint la course du Soleil. La nouvelle naissance du mort se fait au soleil levant. Ainsi le livre des morts dit que le défunt devient le dieu de la création, le dieu Atoum.

A ne pas oublier que le soleil levant est une théologie particulièrement importante : c'est le bien contre le mal, le monde de la lumière, de la vie contre le monde des ténèbres. L'ouverture de la bouche permet d'accomplir cette rude tâche chaque matin. Car le prêtre rend au mort la parole et ainsi il peut réciter les formules. Alors affrontant le tribunal et autres bêtes féroces, le défunt devient lui-même un dieu. Dans les ultimes chapitres du Livre des morts, le défunt, peut prendre place dans la barque solaire du dieu Râ, barque qui symbolise le cycle du soleil. Le soir, il rejoint l'autre monde, à l'aube, le défunt sort au jour. Il sort de la tombe en devenant lui-même le dieu Râ.

Le livre des morts est donc un complexe générateur de vie éternelle dans lequel on décrit le processus de transfiguration, de métamorphose du mort. On constate la multiple dimension de la mort dans l'ancienne Egypte et comment les Egyptiens tentaient de se représenter, de penser, d'organiser, la vie après la mort.

Il ne faut pas oublier que la mort n'est pas une fin en soi et que la tombe était un générateur de renaissance. Le monde du vivant, notre monde, n'est pas interdit à notre défunt, au contraire. Et Jan Assman, brillant égyptologue spécialiste de la religion et notamment de la mort, rappelle que le défunt visite la demeure familiale (chapitre 132 du livre). Et l'égyptologue rappelle aussi que le mort visite, arpente son jardin, pouvant ainsi quasiment le comparer aux fameux Champs-Elysées des Romains. Mais il semble tout de même que ce jardin soit le plus souvent fictif, un endroit idéal. D'autre part, cela démontre également que notre défunt est aussi un voyageur et que les mondes de l'au-delà et des vivants sont perméables. Il voyage de l'un à l'autre notamment grâce à la fausse porte que l'on rencontre souvent dans les tombes.

 

 

   Ba

 L'ombre du défunt et son "âme"-ba, figurée comme un volatile à tête humaine, 1150 av J.C. à Deir el-Médineh, tombe d'Arinéfer.

 Ci-dessus: La nécropole de Deir el-Médineh : Cette tombe est située à proximité du village des ouvriers, des artistes et des artisans qui construisirent les tombes des pharaons dans la Vallée des Rois. Il s'agit de tombes de dimensions modestes qui étaient décorées par des artistes au talent éprouvé. Ces derniers, habitués à travailler pour les commanditaires les plus exigeants, pensaient, entre deux commandes royales, à leur propre lieu d'éternité. La décoration se trouve essentiellement dans la chambre souterraine, ce qui en a favorisé la conservation. Les artistes privilégient un fond jaune mais oublient l'inventivité de nombreuses tombes de hauts personnages du Nouvel Empire. Le choix des sujets semble conditionné par les thèmes que les artistes avaient l'habitude de traiter, comme les abîmes de l'au-delà, parsemés des dangers que le Soleil nocturne doit affronter. Nombreuses sont les scènes appartenant au répertoire des "vignettes", qui illustrent le papyrus du Livre des Morts. Une telle attention témoigne certainement d'une tendance croissante à l'introspection, ainsi que d'une perte de confiance latente qui amplifie le sentiment de crainte vis-à-vis d'un au-delà ténébreux.

  

  

L'efficacité du livre :

"Celui qui connaît ce livre sur terre ou qui le met par écrit sur sa tombe, il peut sortir au jour sous tous les aspects qu'il désire et revenir à sa place sans rencontrer d'opposition ; on lui donne du pain, de la bière, un gros morceau de viande provenant de l'autel d'Osiris ; il peut aller au champ des roseaux... On lui donne là-bas de l'orge et du blé : il sera florissant comme il était sur la terre faisant ce qu'il désire comme les dieux" (livre des morts, 72.)

 

 Hymnes, formules magiques et rites pour obtenir la béatitude après la mort sont assemblés dans le Livre des morts.

L'angoisse devant la mort était grande chez les Egyptiens. Aussi, à l'époque pharaonique, a-t-on conçu des formules magiques, des prières, destinées à conjurer l'épreuve finale de la vie. Nombre de ces documents se sont trouvés regroupés dans la compilation appelée Livre des morts. Ils sont le plus souvent écrits sur papyrus et illustrés d'admirables vignettes richement colorées.

L'ensemble est assez confus : les hymnes sont d'inégale importance, les consignes données de valeur variable, l'esprit religieux qui les inspire de plus ou moins grande profondeur. On y trouve des formules magiques, des procédés pour éviter les pièges des mauvais génies, des indications sur la géographie infernale* en même temps que des prières d'une haute spiritualité, des confessions très touchantes.

 

 

 *La géographie infernale :

Le royaume des morts est situé dans le monde souterrain, là où repose déjà la partie matérielle de l'individu. Le texte le décrit comme un double fantastique de l'Egypte. Les douze régions du royaume y possèdent leurs zones correspondantes avec leur dieu, leur capitale et leurs habitants : divinités, génies et âmes et morts. L'ensemble de cette géographie est parcouru par la réplique du Nil sur laquelle vogue la barque de Rê (le Soleil) entouré de ses serviteurs divins. Et chacun des morts de tente d'embarquer avec le dieu pour renaître avec lui au petit matin.

La navigation n'est pas simple.  Nombre d'écueils se trouvent sur le passage. Le plus terrible est le serpent Apopis, incarnation des forces du Mal. Le combat entre l'équipage et le monstre, modèle de la lutte entre les forces du Bien et celles du Mal, est nécessaire à l'équilibre cosmique. Rê l'emporte en se métamorphosant en scarabée et renaît avec le jour. La description du périple nocturne est très précise ; elle est divisée en douze portions correspondant aux douze heures de la nuit. Le roi, une fois admis dans le monde stellaire (Douat) à la suite du jugement et d'une purification rituelle, accompagne Rê dans son voyage céleste. C'est à la septième heure qu'Apopis apparaît. Chaque section est accompagnée de commentaires, de légendes et de prières.

L'Am-Douat ou "Récit du voyage dans l'au-delà" a suivi lui aussi tout un périple historique. D'abord écrit sur les tombes royales, il exprimait le voyage du dieu-roi. Puis les simples mortels se sont approchés du roi pour obtenir ses faveurs, ils ont installé leurs statues dans les temples roaules. Enfin, l'Am-Douat s'est démocratisé, il a été écrit sur les tombes de particuliers, sur les cercueils, sur les papyrus. La résurrection était désormais à la portée de tous.

 

"On m'a donné ma bouche pour que par elle je puisse parler devant les dieux.
Ma bouche m'est donnée,

ma bouche m'est ouverte par Ptah
au moyen du ciseau en fer céleste avec lequel il a ouvert des entités divines." (La pratique de l'ouverture de la bouche et des yeux, afin de redonner vie à Pharaon, et c'est ainsi que le défunt s'exprime.)

 

 

Petite nouveauté : Les textes funéraires les plus anciens retrouvés sont ceux  des Textes des Pyramides, hiéroglyphes vieux de plus de quatre millénaires, retrouvés sur les parois des chambres de cinq pyramides de Saqqarah. Ce sont les plus anciens textes funéraires connus, même si les égyptologues préfèrent dire que les formules sont encore plus âgées car elles se seraient transmises de manière orale avant d'être incorporées dans le 'Livre des Morts'.

 

 

 

  

 Sources : "Les livres sacrés" chez Bordas ; magazine Toutankhamon n°44 ; "l'Egypte ancienne pour les nuls" First Editions ; "Les grands myhtes de l'homme" coll. sous la direction de Paul Saint-Yves, Edit. Robert Laffont ; "L'Egypte ancienne" dans la coll. 'La grande histoire des civilisations' des Encyclopaedia Universalis.

 

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Date de dernière mise à jour : 18/02/2014

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