Les portes du Ciel

Les portes du Ciel

 

 Coffret d'Hetepimen (détails), 2001 Musée du Louvre / Georges Poncet

Les « portes du ciel » désignent dans la langue des anciens Égyptiens les portes qui fermaient le meuble sacré abritant la statue de la divinité. Leur ouverture met en contact le monde des hommes et celui des dieux. Elle permet à l’Univers de se perpétuer en renouvelant le processus de la création et donne aux hommes à voir une image d’une réalité ineffable. Leur fermeture est le prélude à une renaissance future et, dans son attente, renvoie la divinité dans un Au-delà ténébreux, dissimulant ainsi son apparence aux yeux des humains.

Pour les Égyptiens, certains lieux sont à leur manière une réplique des réceptacles d’images divines. De ce fait, ils possèdent des portes, matérielles ou non, qui marquent le passage entre des réalités physiques et mentales. Quatre d’entre eux sont évoqués dans l'exposition organisée au Musée du Louvre : l’Univers organisé, l’Au-delà, la chapelle de la tombe et le parvis du temple. Les objets créés pour représenter ces univers ou pour y être placés relèvent d’une logique complexe où se déploie la richesse de la pensée égyptienne si peu cartésienne à nos yeux.

Une rhétorique de l’image égyptienne peut être ainsi déchiffrée : évocation de la partie pour le tout, transpositions visuelles, effets croisés, réalité virtuelle, jeux entre le son, le texte et l’image, accumulations d’éléments ou visions synthétiques, ellipses, complémentarités entre les figures bi et tridimensionnelles, dynamiques internes assurant un équivalent d’un mouvement perpétuel. A travers une redécouverte d’objets et de chefs d’œuvres issus des collections égyptologiques françaises et européennes, c’est à une relecture des représentations visuelles et mentales des anciens Égyptiens qu’invite ce parcours, par l’exploration de ces procédés et des éléments de civilisation qui les ont générés.

 

Tabernacle dédié à la déesse IsisMusée du Louvre / Georges Poncet

Assouan, île de Philae, temple d’Isis, Règne de Ptolémée VIII Évergète, 170-165 et 145-116 av. J.-C., en Granite
H. : 2,35 m.; L. : 0,98 m ; Pr. : 1,20 m ; Poids : env. 6 tonnes

Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes (D30)

La statue du dieu était abritée dans un naos ; ce nom emprunté au grec sert à définir le sanctuaire d'un temple, mais aussi l'objet qu’est le tabernacle, meuble placé dans le sanctuaire. Ce tabernacle provient du temple de Philae, célèbre pour son culte de la déesse Isis. Une inscription gravée sur l’encadrement de la niche indique qu’il a été dédié par le pharaon Ptolémée VIII Évergète II, et son épouse à la déesse Isis afin d’y abriter une de ses statues. Sur la partie basse de ce tabernacle, le pharaon est représenté quatre fois ; vêtu du pagne cérémoniel, il tend les bras pour soutenir le ciel représenté ici par son hiéroglyphe. Le chiffre quatre correspond aux quatre directions cardinales, mais aussi surtout aux quatre piliers du ciel. Pharaon accomplit ici une de ses missions essentielles : le maintien de la structure de l’univers mise en place lors de la création. Lorsque l’on regarde ce monument de face, on contemple la structure du monde figée dans la pierre. Le tabernacle repose sur le sol, sur lequel se trouve le roi, soutenant le ciel pour éviter que celui-ci ne s’effondre. Au dessus du signe du ciel, se trouve l’endroit où réside la déesse, dans un espace séparé du monde où règne le pharaon et qu’elle contribue à recréer et à préserver au rythme de l’ouverture quotidienne des portes de son tabernacle, « les portes du ciel » selon leur désignation égyptienne.

 

L’Univers, sanctuaire des dieux

 

Structure organisée abritant les divinités et tout ce qu’elles ont créé, l’Univers est le témoin d’un processus créateur complexe et aux facettes multiples.

Noun, « le père des dieux »
Le Noun existe avant le monde créé. Cette étendue liquide emprisonne en son sein des entités à caractère divin dont le potentiel n’est pas réalisé. Il y règne l’obscurité, l’inertie et la non-organisation. Les récits de la création du monde décrivent le passage de l’état informe à l’état structuré grâce à l’apparition d’une aire solide à la surface du Noun. Ce phénomène instaure une dynamique qui aboutit à l’édification de l’Univers grâce à l’action créatrice d’une ou de plusieurs divinités, et au refoulement des eaux primordiales aux confins de la réalité perceptible. Enveloppant la création, ces eaux menacent en permanence de l’engloutir et de faire régresser le monde à un état inerte. La structure matérielle et immatérielle de l’Univers sert ainsi de rempart préventif à ce cataclysme apocalyptique.

Une division des mondes
Les rares représentations égyptiennes du monde font apparaître une division des espaces correspondant peu ou prou à la nature de leurs habitants : la terre pour les êtres vivants, le ciel pour les divinités et la Douat, l’Au-delà, pour les défunts, humains et divins. Ces espaces entretiennent un lien mutuel de dépendance structurelle et communiquent par des passages assimilés à autant de portes franchissables ou non. Divinités, rois et hommes agissent de concert pour assurer la pérennité de ces espaces, de ce qui s’y trouve, ainsi que de la dynamique qui les unit. C’est de cette condition nécessaire et suffisante pour la survie de l’Univers que l’image égyptienne se fait le vecteur.

 

 

Pyramidion de Iher, 2006 Musée du Louvre / Georges Poncet, Provenance incertaine, Abydos, Époque tardive, 26e dynastie, vers 664-525 av. J.-C. Calcaire, H: 35,5 cm ; L. : 38,3 cm ; Pr. : 39,4 cm ; Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes (D18-N 359)

Les pyramidions tardifs en reprennent la forme et les grands principes de décoration de l’architecture funéraire au Nouvel Empire. Le décor sculpté sur les quatre faces du pyramidion de Iher se répartit selon un agencement binaire, les côtés opposés partageant une même thématique. À la face ornée de quatre babouins adorant un disque solaire, s’oppose celle où le défunt et sa femme s’avancent, bras levés en hommage à un horizon radiant. Sur l’une des autres faces sont représentées les trois formes du dieu soleil, Rê, Atoum et Khépri, assis dans une barque. Sur le côté opposé, est inscrite en six colonnes une prière de Iher assortie d’une justification prenant la forme d’un hymne au dieu créateur : « Puisse ma voix être justifiée contre mes adversaires car je suis Atoum qui a fait le ciel pour Rê-Horakhty et la terre pour Geb, qui a créé ce qui existe et ce qui est sorti de terre, qui a fait advenir la lumière ; car (je suis) celui qui a mis au monde les dieux, le dieu grand advenu de lui-même … ». Au-delà du strict respect des points cardinaux, c’est la présence entremêlée de thématiques essentielles qui importe ici : la course du soleil d’une part, omniprésente sur ce type de monument, et la destinée personnelle du propriétaire de l’objet d’autre part qui, s’identifiant au démiurge, s’assure de participer éternellement au cycle cosmique.

 

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« La Première fois » : La création du monde

Les Égyptiens, comme beaucoup de peuples, placent leur territoire au centre de la création du monde. Certains récits propres à leurs grands sanctuaires acquièrent le statut de références religieuses majeures pour en expliquer la structure.

 

Fragment d’enveloppe en cartonnage de Padiouf : la barque solaire avec le scarabée de Khépri,  2006 Musée du Louvre / Georges Poncet , 3e Période Intermédiaire , 22e dynastie, 945-715 av. J.-C. 

 Toile agglomérée, stuquée et peinte
H. : 20 cm ; L. : 22 cm ; Pr. : 5 cm
Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes (N 3360)

Le scarabée est un symbole solaire extrêmement important dans la religion égyptienne. Les égyptiens ont pu observer la singularité des habitudes de cet insecte consistant à rouler devant lui une boule de déjections destinée à être enterrée et servir de réserve de nourriture. Ainsi sans doute est née l’image du soleil poussé inlassablement dans le ciel par un scarabée. De plus, les larves de scarabées élevées dans une pelote identique en jaillissent le moment venu, d’où l’idée de naissance spontanée, de régénération et donc de vie sans cesse renouvelée qui lui est associée. Le mot kheper, racine du nom divin, signifie d’ailleurs «venir à l’existence». Dans le mythe héliopolitain Khépri est le soleil naissant, celui du matin donc, et c’est comme un homme dont la tête a une forme de scarabée qu’il est représenté. Le soleil se déplace à bord de deux barques différentes, celle du matin se nomme Mandjet et celle du soir Mesketet. Il est donc très souvent représenté, traversant le ciel, à bord de l’une de ses barques soit sous l’aspect d’une divinité anthropomorphe à tête de bélier, soit comme ici, sous celui d’un scarabée poussant un disque solaire.

 

Atoum, le maître universel
Atoum est le dieu vénéré à Héliopolis ville située dans la banlieue du Caire actuel. Le récit de la création qui lui est propre est connu par des textes religieux insérés dans les recueils funéraires tels les Textes des sarcophages et le Livre des morts. Le dieu y expose la prise de conscience de son existence au sein du Noun, sa mise en mouvement et son désir de se reposer. Il en résulte l’émergence d’une butte où le dieu se hisse et d’où il organise l’univers.

Ptah, la terre qui se soulève
Le récit de la création propre à la ville de Memphis, au sud du Caire actuel, est connu par une dalle de pierre conservée au British Museum où a été gravée, pour la sauvegarder, une copie du texte mythologique consigné sur un papyrus très endommagé. Son dieu tutélaire, Ptah, est l’élément structurant de l’univers qu’il organise à l’aide de sa pensée et de sa voix en nommant les êtres et les choses.

Le nénufar étincelant
Parmi les autres récits de la création, la version propre à la ville d’Hermopolis en Moyenne Égypte revêt une importance particulière. Le dieu Thot, vénéré dans cette ville, coordonne l’action de quatre couples divins, les Huit. Il en résulte la création du soleil qui apparaît sous la forme d’un enfant au cœur d’un nénufar étincelant, prélude à l’organisation du monde.

 

Pendentif-amulette dit « Talisman d’Osorkon »

2003 Musée du Louvre / Christian Décamps , vers 800-740 av. J.-C.
Faïence siliceuse
H. : 9,7 cm ; L. : 9,6 cm ; Pr. : 1 cm

Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes (E 10943)

Ce pendentif rare emprunte la forme circulaire du signe chen, une cordelette nouée qui symbolise l’univers sur lequel règne celui qui est nommé à l’intérieur. Ici, un enfant divin, nu, le doigt à la bouche, couronné du disque solaire, est assis sur un nénufar épanoui, flanqué de deux cobras ailés qui lui présentent le signe chen. Un texte en noir autour du sujet désigne Osorkon « grand chef des Ma » qui fut un des dynastes libyens, qui régna dans un royaume limité à l’ouest du Delta, qui regroupait les cités de Saïs, Bouto et Imaou. L’enfant solaire (nommé ici Horakhty, « Horus de l’horizon ») apparaît sur un grand lotus bleu, comme le cœur d’étamines jaune d’or symbolisait le soleil naissant au premier matin du monde. Ce talisman conjugue les tendances de cette époque dite «libyenne», celles des 22e et 23e dynasties : goût pour l’iconographie de la Création, association appuyée entre le souverain terrestre et l’enfant solaire du renouveau mythologique, faïences ornées de reliefs. En outre, son existence suggère que dans ce « royaume de l’Ouest » se trouvaient des ateliers de faïences.

 

Les dieux sur terre et la lignée divine des rois

 

 

  

Stèle funéraire de la dame Tapéret ,2008 Musée du Louvre / Georges Poncet, Provenance incertaine, probablement région thébaine, 22e – 25e dynasties, vers 850-690 av. J.-C.
Bois stuqué et peint, H. : 31 cm ; L. : 29 cm ; Pr. : 2,6 cm
Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes (E 52)

À partir du premier millénaire, de petites stèles en bois peintes de couleurs vives sur lesquelles le défunt se fait représenter en adoration devant une divinité, en général l’une des formes du soleil, apparaissent parmi le matériel funéraire des tombes. La dame Tapéret, vêtue d’une élégante robe plissée, est – sur une face - en prière devant le dieu Rê-Horakhty à tête de faucon coiffé d’un disque solaire dont les rayons sont matérialisés par des fleurs de lys et - sur l’autre face - devant Atoum, coiffé de la double couronne, ces deux divinités symbolisant le soleil à son zénith et à son coucher. Sur l'autre face, les hiéroglyphes disposés de manière rétrograde au-dessus de Tapéret exhortent ces dieux d’accorder à la défunte toutes les offrandes qui lui seront nécessaires pour survivre dans l’au-delà. Une inscription peinte sur la tranche invoque Isis, Nephthys, Sokar et Hathor. Dans le cintre d’une des faces, l’univers est représenté par le hiéroglyphe du ciel supporté par les plantes héraldiques de l’Égypte du Nord et du Sud, le papyrus et le lys. Sur cette face, le ciel est figuré par le corps ployé de la déesse Nout de couleur bleu nuit recouvert d’étoiles qui avale le soleil chaque soir et qui l’enfante chaque matin. Dans ces scènes d’adoration au soleil se manifeste le souhait du défunt d’accompagner éternellement le dieu Rê dans son voyage nocturne et de renaître chaque matin avec lui.

Lien pour en apprendre encore d'avantage sur cette stèle : http://www.louvre.fr/llv/oeuvres/detail_notice.jsp?CONTENT%3C%3Ecnt_id=10134198673225569&CURRENT_LLV_NOTICE%3C%3Ecnt_id=10134198673225569&FOLDER%3C%3Efolder_id=9852723696500808&fromDept=true&baseIndex=165 ; sur ce lien, vous pourrez apprécier l'autre côté de la stèle.

 

Osiris l’être parfait, Horus l’héritier, Pharaon le continuateur
Le dieu Osiris naît muni de tous les insignes de la royauté comme héritier parfait d’Atoum. Seth, son frère, le décapite dans son sommeil et profane son corps à plusieurs reprises. Osiris étant mort sans héritier, Seth revendique le trône. Ressuscitant alors le cadavre un bref moment, Isis conçoit un héritier, Horus, qu’elle cache. Une fois adulte, il combat son oncle et devient le souverain du pays grâce au jugement des dieux.
Horus est l’archétype du souverain égyptien, le faucon divin, héritier et défenseur de la royauté et du territoire. S’insérant ainsi dans une longue lignée, divine et légitime, tout pharaon doit préserver l’ordre établi depuis la création et assurer le culte des dieux en bâtissant des temples montrant qu’il est digne de sa fonction.

Groupe représentant le dieu Osiris entre son fils Horus et un roi, 2006 Musée du Louvre / Christian Décamps, Nouvel Empire, 19e- 20e dynasties, Granite, H. : 1,34 m ; L. : 0,78 m
Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes (A12)

Au centre, le dieu Osiris tient dans ses mains, repliées sur la poitrine, les symboles de son pouvoir royal, le crochet heka et le fléau nekhakha. À sa droite, le dieu Horus à tête de faucon porte le pschent, union de la couronne blanche de Haute Égypte et la couronne rouge de Basse Égypte, marque du pouvoir d’Horus et de ses successeurs que sont les pharaons, sur les deux parties du pays. À la gauche d’Osiris, un personnage porte la coiffe caractéristique des pharaons : le némès, une coiffe rayée dont les deux pans retombent sur les épaules ; au-dessus de sa coiffe, on retrouve la même couronne que celle portée par Horus. On ne connaît pas le nom de ce roi, mais le style du personnage, à la silhouette massive et au visage un peu ramassé, est caractéristique de la dynastie des Ramsès. Par cette composition symétrique, le roi régnant, ou en tout cas celui qui a utilisé ou fait faire ce monument, se montre comme héritier légitime du dieu Osiris, au même titre que son héritier réel, qui est Horus, représenté à sa droite.

 

Akhénaton ou l’absolu du soleil
Le règne d’Aménophis IV est un cas unique dans l’histoire égyptienne. Changeant son nom en Akhénaton, il revient d’une façon absolue aux concepts fondamentaux d’une royauté solaire. Il impose le culte exclusif d’Aton, le disque solaire, aspect visible du créateur du monde et de la vie mais aussi seul détenteur de la royauté. Le roi en est le reflet charnel sur terre et devient ainsi l’ordonnateur humain de l’ordre cosmique immanent. En réaction à cet absolutisme confinant à l’hérésie, une destruction systématique de ses monuments, fait très rare dans l’histoire égyptienne, fut ordonnée par ses successeurs.

 

Éternité et pérennité : le temps et l’espace

 

Cuve du cercueil de Pacherienaset, 2008 Musée du Louvre / Georges Poncet

Basse Époque, Etoffe agglomérée, stuquée et peinte
H. : 1,48 m ; L. : 47 cm ; Pr. : 17 cm

Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes (E 21611)

À l’intérieur de cette cuve de cercueil, est représentée la déesse du ciel Nout, levant les bras pour supporter un pilier djed, sur lequel est inscrite une formule d’offrandes adressée à Osiris seigneur de Busiris et d’Abydos ; de part et d’autre du pilier apparaissent deux faucons représentant des formes du dieu Sokar puis deux personnages momiformes, l’un à visage d’ibis, Thot d’Achmounein, l’autre de faucon, Harendotès. D’autres divinités ont pris place autour de Nout : derrière elle, Rê à tête de faucon et Atoum sous lesquels sont assis deux génies Ankh et Djed ; devant elle, Khnoum potier et l’un des Fils d’Horus sous lesquels sont représentés debout les génies Heheh et Djet, symboles de l’éternité, cyclique et linéaire. La partie inférieure est occupée par une très étonnante représentation du Noun, l’Océan primordial, sous l’aspect d’un génie de l’inondation agenouillé. Une pluie constituée de minces filets d’eau terminés par des croix de vie tombe sur lui, semblant provenir du ciel au-dessus de lui. Enfin une liste sélective de péhou, zones géographiques marécageuses propices à la chasse, complète cette riche iconographie. Le tout livre une image de l’univers, dans ses dimensions spatiales et temporelles, dans un jeu de concordances et d’oppositions subtil. Peu de cercueils, quelle qu’en soit l’époque, réunissent dans leur décor autant de symboles et de notions de ce type et l’on ne peut que s’interroger sur le personnage, Pacherienaset, qui en fut le commanditaire.

 

Le cycle des jours et des nuits
La création de l’univers sensible et organisé va générer deux types d’éternité :
- l’éternité cyclique heh: l’apparition du soleil et de la lumière marque le passage d’un état inerte à un état dynamique par la mise en place de la course perpétuelle des astres ;
- l’éternité djetconstituée par l’organisation de l’espace à partir d’un socle solide et pérenne, la terre où repose la dépouille impérissable d’Osiris.
Cependant le monde est toujours sous la menace continuelle d’un retour à l’état inerte et désorganisé d’avant la création. C’est le serpent Apophis issu lui aussi du Nounqui tente de provoquer cette régression lors de combats répétés avec Ré d’où il sort toujours vaincu. La création peut alors continuer à exister. L’horizon de l’Ouest et celui de l’est constituent les portes du ciel qui marquent par leurs ouvertures éternelles la succession des jours et des nuits et le triomphe du soleil.

« Le bel Occident », porte immatérielle du ciel
Le mot Imentet, « Occident » en égyptien ancien, est un mot du genre féminin. L’Ouest est donc personnifié par une déesse du même nom, qui accueille tant le soleil que les défunts sur le seuil du monde souterrain. D’autres déesses au caractère maternel prononcé telles qu’Isis et plus particulièrement Hathor peuvent lui être assimilées. Cette dernière possède sous son aspect animal, la vache, un rôle nourricier et régénérateur grâce au lait qu’elle dispense. Elle accorde sa protection pour parcourir les chemins du « bel Occident ». L’une des portes du Ciel peut ainsi être franchie mais le monde auquel elle donne accès n’est pas exempt d’inconnu et de dangers, tant pour les hommes que pour le dieu soleil.

 

Ornement funéraire (pectoral) représentant la régénération du soleil, 2004 Musée du Louvre / Christian Décamps

Nouvel Empire, fin de la 18e-19e dynasties, vers 1400-1200 av. J.-C.
Bois doré, incrusté de verre, de faïence et de lapis, H. : 11,6 cm ; L. : 14 cm ; Pr. : 0,5 cm,

 Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes (AF 2560)

Ces plaques destinées à être suspendues sur la poitrine sont des bijoux en forme de chapelle, la plupart du temps décorées de motifs funéraires et destinées à la protection des momies. Sur celle-ci, fusionnent les deux mythologies principales qui concernent la vie éternelle des particuliers, à partir de la seconde moitié du Nouvel Empire : le cycle solaire et la renaissance d’Osiris. Sur une face, des incrustations multicolores sur fond d’enduit doré représentent la barque solaire occupée par un gros scarabée, l’aspect naissant du soleil, le dieu « Khépri », dans un verre ou une faïence imitant le lapis-lazuli, sur le signe de l’or (la matière des dieux). Le soleil se meut à travers le ciel, puis dans le monde inférieur, dans une barque, le véhicule fondamental de l’univers égyptien. Il est encadré par les gestes protecteurs des deux déesses Isis et Nephthys (leur nom est sur leur tête) qui ne sont autres que, respectivement, l’épouse et la sœur d’Osiris, qui jouent un rôle primordial dans sa renaissance. Au-dessus, on peut lire «voir la perfection». La fusion des deux mythes est accomplie. Au revers, deux symboles, le pilier djed et le nœud tit rappellent la présence d’Osiris et d’Isis, finement gravés dans les bois doré.

 

 

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 Coffret d'Hetepimen, Musée du Louvre, G. Poncet,  2001 Musée du Louvre / Georges Poncet, Époque ptolémaïque ou Basse Epoque, 3e-2e siècles av. J.-C.,

Bois stuqué et peint, H.: 57 cm ; L.: 27,5 cm ; Pr.: 31 cm, Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes (E 13321)

Ce coffret funéraire imite la forme d’une chapelle portative. Sur la face principale, Anubis, représenté deux fois, manipule les verrous de deux portes symbolisant celles d’un autre monde : le ciel ou l’au-delà. Au registre inférieur, le défunt Hetepimen est en adoration devant Osiris et ses sœurs Isis et Nephthys. Le panneau arrière reprend cette thématique. Sous les divinités gardiennes sont représentées, aux registres médian et inférieur, les reliques des deux villes saintes majeures du dieu Osiris : le reliquaire d’Abydos et le pilier djed de Busiris- encadrées, par des divinités. La thématique des deux parois latérales est liée au monde souterrain. Sous une frise alternant le pilier djed d’Osiris et le nœud tit d’Isis et un registre de génies funéraires en adoration, on trouve les quatre fils d’Horus divinités présidant aux vases à viscères ou vases canopes. Figurée sous un autre registre de génies armés de couteaux (paroi gauche), ou de serpents crachant des flammes (paroi droite), la barque solaire est tirée d’un coté par des chiens sauvages et de l’autre par des oiseaux à tête humaine(voir les descriptions du ba, dans les Livres des morts). Le sarcophage du défunt et ses pleureuses y remplacent le dieu Rê. Ces coffrets dont l’usage se généralise à la fin de Basse Époque et à l’Époque ptolémaïque, étaient placés à proximité du sarcophage, servant de réceptacle aux ustensiles et linges ayant servi à la momification et aux viscères du mort en remplacement des vases canopes.

 

 

Le Ciel sous la terre, l’Au-delà mystérieux

 

Partie intégrante du monde organisé, l’Au-delà couvre une zone intermédiaire entre les limites du monde visible, ou concevable, et les eaux du Noun. Sa localisation, tout comme son organisation, est de ce fait, tout à la fois précise et vague.

 

Une nature complexe
L’horizon de l’Ouest marque une limite à partir de laquelle commence l’Au-delà. Là où plonge le soleil se situe la Douat, domaine souterrain et céleste puisque l’astre le parcourt durant la nuit. Ce lieu est tout à la fois une contre-terre, un contre-ciel et un contre-Nil, image inversée de toutes les composantes de la réalité visible des hommes. Cet espace possède une structure compliquée où ciel, eaux, flammes, terre et obscurité se côtoient ou se mêlent. Il sert de passage au soleil durant la nuit mais aussi de sanctuaire à Osiris, redoutable seigneur des morts. La Douat accueille également les défunts en son sein et retient leurs dépouilles tout en laissant certaines entités ressortir vers le monde des vivants.

Des aspects multiples
La multiplicité de natures et de fonctions de cet espace éclaire ses différentes représentations. Il peut ainsi être la somme d’espaces contigus et cloisonnés que traverse l’astre du jour pour se régénérer ou un assemblage d’espaces gigognes constituant autant d’enceintes protégeant la demeure d’Osiris. Cavernes, domaines célestes, paysages naturels ou construits sont autant de reflets des conceptions funéraires liées à la survie et à la régénération. Il en va de même pour ses habitants dont l’apparence est le reflet du mystère attaché au monde souterrain.

 

...Vivre après la mort ...

 

 

BONNE LECTURE !!!!!!!! (voir plus bas, 'sous-pages' les portes du ciel... ----------->)

 

 

 

 

 

Enveloppe en cartonnage de Djed-Khonsou-iou-ef-ankh

2003 Musée du Louvre / Georges Poncet, 3e période intermédiaire, 22e dynastie, Toile agglomérée, stuquée et peinte
H. : 1,70 m ; L. : 40 cm ; Pr. : 33 cm

Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes (N 2621)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sarcophage de la dame Tanethep2008 Musée du Louvre / Georges Poncet, Provenance incertaine, probablement nécropole de Saqqara, Époque ptolémaïque, 2e siècle av. J.-C., Grauwacke

H.. : 1,78 m ; L. : 60 cm ; Pr. : 41,5 cm

 

 

 

 

Stèle de Paser l’Ancien, 2006 Musée du Louvre / Georges Poncet

Nouvel Empire, milieu de la 18e dynastie, Calcaire
H. : 61 cm ; L. : 45 cm

Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes (C65)

 

 

 

 

 

 

Sources : "VIsions du monde dans l'Egypte ancienne", Expo Hall Napoléon, 2009, "Les portes du Ciel", Le Louvre ; revue Toutankhamon 44 de 2009.

 Suite : les portes du ciel (la suite) ----->

Sous-pages :

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Date de dernière mise à jour : 08/04/2012

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